Notes sur l’anatomie et la physiologie : Les vertèbres

Article # 10

Article original en anglais publié le 11 mai 2010

Traduction française, révisée et approuvée le 15 avril 2011

Le dernier article portait sur la colonne vertébrale et son rôle central dans la vie quotidienne. Nous allons maintenant nous pencher sur les vertèbres, ces petits os qui forment la colonne.

Les 24 vertèbres qui relient le crâne au sacrum présentent des différences considérables de forme et de fonction. Toutefois, elles ont en commun deux caractéristiques fondamentales : un corps vertébral à l’avant et un arc vertébral à l’arrière.

Figure 1 Vues d’une vertèbre typique, le 6e corps thoracique, de l’avant (image de gauche) et de côté (image de droite). On y voit le corps vertébral qui s’avance vers l’avant, et l’arc vertébral et ses accessoires dirigés vers l’arrière. Notez que les facettes supérieures pointées vers l’arrière d’une vertèbre sont placées de manière à chevaucher les facettes inférieures pointées vers l’arrière de la vertèbre placée au-dessus d’elle, comme les bardeaux d’un toit. Netter, 2006, planche 154.

Chaque corps vertébral est une boîte osseuse dotée de surfaces essentiellement plates en haut et en bas. Une couche extérieure solide, l’os cortical, entoure un espace interne occupé par un réseau d’os trabéculaire, formé de minces entretoises osseuses verticales et transversales. La structure ainsi formée, qui nécessite un minimum de matière osseuse pour sa construction, est pourtant robuste et résiste à l’effondrement quand elle est appelée à supporter le poids du corps.

Les espaces dans l’os trabéculaire créent l’espace nécessaire pour les vaisseaux sanguins et les nerfs qui passent à travers cette structure osseuse. De plus, dans certains os, ces cavités qui abritent la moelle osseuse sont utilisées pour la production de globules rouges et blancs et des plaquettes.

Figure 2 Les segments verticaux (VT) et transversaux (HT) de l’os trabéculaire, représentés en blanc, sont les entretoises du corps vertébral qui empêchent son effondrement quand il est sous charge. Bogduk, 1997, page 7.

Figure 3 A et B : S’il ne comportait qu’une couche extérieure d’os cortical, le corps vertébral s’effondrerait sous charge, comme une boîte de carton vide. C et D : Les entretoises verticales internes consolident la boîte. E et F : Les connexions transversales, tendues par l’application d’une charge, empêchent les entretoises verticales de ployer. Bogduk, 1997, page 7.

Cette combinaison d’os cortical externe dense et d’os spongieux interne (un treillis d’entretoises osseuses ramifiées, séparées par des espaces vides) est un modèle si efficace pour la construction des os que nous le retrouvons dans tout le corps.

Figure 4 On note l’utilisation de l’os spongieux cortical externe (compact) et interne partout dans le corps. Vue d’une tranche verticale passant par la tête, le col et la partie supérieure du corps du fémur (os de la cuisse).

Au cours de cet examen, il est bon de garder à l’esprit qu’il n’y a pas de gabarit standard pour la mise en place de ces entretoises osseuses. Elles se développent en fonction de la réponse des os aux forces particulières que nous leur imposons. Ce sont nos habitudes de posture et de mouvement du corps qui créent notre architecture osseuse. La forme que prend notre squelette est la conséquence directe de notre mode de vie.

Les arts internes de santé Tai Chi TaoïsteMC sont basés sur un exercice de port de charge dont les mouvements imitent les rotations et les allongements qui devraient faire partie de notre vie quotidienne. Ces mouvements exercent une traction sur tous nos os et déclenchent la formation de nouvelles structures osseuses la où une plus grande robustesse est requise. Renforcer la structure tout en conservant sa légèreté : voilà une solution élégante pour un organisme qui doit lutter contre la gravité pendant toute son existence.

Notez comment les lignes de force qui agissent sur la forme d’une vertèbre lombaire façonnent d’autres parties de son architecture interne :

Figure 5 Lignes de force de l’os trabéculaire A) dans le corps vertébral et l’apophyse épineuse, B) dans les facettes vertébrales et le corps vertébral, C) dans les apophyses transverses, l’arc vertébral et le corps vertébral. Bogduk, 1997, page 10.

Examinons maintenant l’arc vertébral, un anneau osseux qui se fusionne à la face postérieure du corps vertébral. Si on retourne à la figure 1, on peut voir les parties suivantes fixées à l’arc :

  • quatre facettes vertébrales. Les deux facettes supérieures et les deux facettes inférieures permettent à l’arc d’une vertèbre de s’articuler à celui de la vertèbre supérieure et à celui de la vertèbre inférieure, respectivement;
  • une apophyse épineuse, pointée vers l’arrière et facilement détectable quand on glisse les doigts sur la ligne centrale du dos;
  • deux apophyses transverses, pointées vers les côtés. Recouvertes par les muscles du dos, elles sont indétectables par la vue ou par le toucher. L’apophyse épineuse et les apophyses transverses servent de points d’attache aux tendons (qui relient les muscles aux os), aux ligaments (qui relient les os les uns aux autres) et au fascia.

Empilées les unes sur les autres, les vertèbres forment la ligne de la colonne. Leurs corps vertébraux sont joints par des disques intervertébraux interposés et leurs arcs sont reliés par les facettes vertébrales. Les nombreuses articulations de la colonne vertébrale sont attachées ensemble et l’espace entre les corps et les arcs crée le canal rachidien. Partant du trou occipital, le trou du bas du crâne à travers lequel passe la moelle épinière, ce canal continu descend jusqu’au sacrum tout en bas et se prolonge à l’intérieur de celui-ci, créant ainsi un espace flexible protégé pour les tissus nerveux de la moelle épinière.

Figure 6 Les cinq vertèbres lombaires. La flèche montre le trajet du canal rachidien. Bogduk, 1997, page 59.

Figure 7 Vue arrière des 3e et 4e vertèbres lombaires. Netter, 2006, planche 155.

Kapandji fait remarquer que les os et les tissus mous sont disposés en alternance le long de la colonne vertébrale. Les éléments osseux (les corps vertébraux, les arcs avec leurs attaches) forment les segments passifs, alors que les tissus mous (les disques, les facettes vertébrales et les ligaments rachidiens) sont les segments actifs. Ce sont ces derniers qui, entraînés par les muscles et les ligaments rachidiens, rendent possibles les mouvements de la colonne et la modification de ses courbes.

Figure 8 Vue de côté du segment passif I, constitué de la vertèbre elle-même (le corps vertébral, l’arc vertébral et ses attaches). Le segment actif II est consisté du disque intervertébral, du foramen intervertébral, des facettes vertébrales et des ligaments rachidiens. Kapandji, volume 3, 2008, page 19.

Tous ces joints, articulations et parties mobiles assurent la souplesse de la colonne, une structure qui doit maintenir en même temps sa cohérence et son intégrité.

La prochaine série d’articles portera sur les facettes et les disques vertébraux, ainsi que sur leur contribution à la mobilité et à la stabilité.

1. Atlas of Human Anatomy, 4e édition, Frank H. Netter, 2006, Saunders Elsevier, ISBN-10: 1-4160-3385-8

2. Clinical Anatomy of the Lumbar Spine and Sacrum, 3e édition, Nikolai Bogduk, 1997, Churchill Livingston Elsevier, ISBN 0 443 06014 2

3. The Physiology of the Joints, Volume Three, The Spinal Column, Pelvic Girdle And Head, A.I. Kapandji, 2008, Churchill Livingston Elsevier, ISBN-10: 0702029599

Bruce McFarlane, MD

© 2010 Société de tai chi taoïste du Canada

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