Notes sur l’anatomie et la physiologie : La main et la Bouche du tigre

Article # 24

Article original en anglais publié le 31 octobre 2010

Traduction française, révisée et approuvée le 2 septembre 2011

Dans le dernier article, nous avons examiné comment les os de l’ensemble coude/avant-bras rendent possibles la flexion du coude et la rotation de la main.

Pour mieux comprendre l’influence de la main et du coude sur la force et l’équilibre de l’ensemble de notre structure, nous devons examiner les liens qui relient les diverses parties de nos membres supérieurs les unes aux autres, ainsi qu’au reste du corps.

À mesure que nous avançons dans cet examen, nous verrons comment les éléments périphériques, c’est-à-dire les parties externes du corps, sont solidement entretressées avec les éléments centraux et profonds. En fait, le centre et la périphérie sont inséparables et pour cette raison, il faut être bien conscient du rôle de chacun pour la pratique du tai chi.

Cette leçon porte sur la main, ses os et ses arches, ainsi que sur certaines de ses couches de tissu mou.

 Les os de la main

Figure 1 Vue latérale de la paume de la main droite. Les noms des os sont à gauche et ceux des articulations, à droite. Voyons d’abord les os. Neumann, page 245.

Les arches de la main

Comme le pied, la main a trois arches : les arches transversales distale et proximale dans le sens de la largeur de la main, et l’arche longitudinale dans le sens de la longueur.

Figure 2 Les deux arches transversales et l’arche longitudinale de la main. Neumann, page 249.

L’arche transversale distale suit une ligne formée par les articulations, qui relie les doigts et les métacarpiens de la paume. La souplesse de cette arche permet aux paumes de s’aplatir quand les mains s’ouvrent et s’avancent les doigts pointés vers le haut dans les toryus. Au cours du Simple Fouet, elle permet aux premier, quatrième et cinquième métacarpiens extérieurs de la main droite de se replier autour des deuxième et troisième métacarpiens plus rigides, alors que les bouts des doigts réunis forment un bec. Les deux métacarpiens centraux sont la pierre d’angle de cette arche.

L’arche transversale proximale est formée par les os du poignet. Bien qu’elle soit beaucoup plus rigide que l’arche distale, la pratique de la Bouche du tigre l’ouvre et l’étale progressivement, et le talon de la main change d’aspect.

L’arche longitudinale, qui va dans le sens de la longueur de la main, est centrée sur les deuxième et troisième métacarpiens, prolongés par l’index et le majeur. Rigide à son extrémité proximale au point où elle s’articule au poignet, cette arche est très mobile sur le plan distal, comme le montrent la flexion et l’extension des doigts. Chaque arche supporte les deux autres, ce qui montre bien comment ces éléments entrelacés se renforcent mutuellement.

Les tissus mous de la main

Jusqu’ici, nous avons examiné l’architecture osseuse de la main. Mais plusieurs couches superposées de tissus contribuent aussi à cette structure, formée de feuillets de fascias, de tendons et de leurs gaines, de muscles, de nerfs, d’artères, de veines et de vaisseaux lymphatiques.

Sans nous préoccuper davantage de la nomenclature de tous ces constituants, jetons un coup d’œil à quatre illustrations de Netter qui nous permettent de comprendre un peu mieux le rôle de ces couches. Ce sont des vues de l’intérieur de la main; on trouve aussi des couches semblables sur la face dorsale de la main.

Pour éviter de nous perdre dans les détails, notons simplement l’existence de couches superposées sous la peau des paumes. Comme il n’est pas nécessairement utile de faire des descriptions détaillées de ces couches ailleurs dans le corps, souvenons-nous, en un mot, qu’on retrouve la même complexité partout ailleurs. Pour garder les choses simples, nous utilisons des métaphores comme « la Bouche du tigre » pour la pratique du tai chi.

Figure 3 Si on soulève la peau, on découvre un feuillet de tissus conjonctifs denses, le fascia palmaire. La plupart des muscles de la main sont situés dans les couches profondes de ce fascia. Netter, planche 459.

Figure 4 Une fois le fascia palmaire enlevé, on découvre les muscles et les gaines qui entourent les tendons des muscles extrinsèques sous cette face de la main. Les muscles extrinsèques partent de l’avant-bras ou de l’humérus et s’étendent assez loin dans la main. Netter, planche 460.

Figure 5 Dans les couches encore plus profondes, on découvre les muscles intrinsèques de l’avant de la main. Il s’agit de petits muscles qui commencent et finissent dans la main même. Netter, planche 465.

Figure 6 Artères et nerfs de la paume. Netter, planche 466.

Après avoir pris rapidement connaissance de l’anatomie de la main, faites passer l’une de vos mains de la position de repos à celle de la  Bouche du tigre, palpez-la de manière à ressentir chacune des trois arches s’ouvrir, et notez l’étalement de ces structures. Visionnez dans votre esprit comment la Bouche du tigre exerce une traction sur tous les tissus mous de la paume reproduits dans les planches ci-dessus, tout en les étirant et en créant une force élastique ou de rappel.

Notez également comment l’étirement de tous ces tissus crée un flux d’informations sensorielles dans notre système nerveux central. La main est un organe sensoriel extrêmement important, si important qu’une grande partie du cortex sensoriel du cerveau lui est dédiée. Dans les travaux du Dr Penfield, un neurochirurgien de Montréal, on peut voir des images de deux drôles de petits bonshommes, l’homunculus sensoriel et l’homunculus moteur.

Un homunculus est une représentation de l’ensemble du corps humain proportionnelle à la superficie du cortex consacrée aux activités sensorielles ou motrices des diverses parties du corps.

Figure 7 À gauche, le cortex sensoriel de l’hémisphère cérébral droit; à droite, le cortex moteur. Notez la grande superficie réservée à la main dans chaque cas.

Il est donc tout à fait vrai de dire que le corps existe sous une autre forme dans le cerveau. La main, par exemple, est aussi bien un réseau de nerfs sensoriels au niveau du cerveau que l’organe physique lui-même.

Une autre façon d’exprimer la valeur attribuée aux perceptions sensorielles qui proviennent des mains consiste à dessiner une image du corps dont la taille théorique de chaque partie correspond à la superficie du cerveau responsable de ces perceptions.

Figure 8 Dessin d’homunculus sensoriel représentant la proportion du cerveau consacrée à la perception sensorielle de chacune des parties du corps humain.

Ainsi, la main est un organe sensoriel d’importance majeure, qui est aussi capable de faire une vaste gamme de mouvements complexes. Si nous utilisons nos mains pendant l’enchaînement en gardant l’intention en éveil, nous devenons plus conscients de la position de nos mains et de ce qu’elles font. Cet exercice accroît la superficie du cortex réservée au traitement des données sensorielles en provenance de la main, ce qui intensifie en retour notre conscience de nos mains – un bel exemple de rétroaction neuroplastique.

Parce que les mains sont reliées au reste du corps, un peu comme la pointe d’un fouet est rattachée à sa poignée, nous pouvons les utiliser non seulement pour ressentir ce qui se passe aux extrémités de nos membres supérieurs, mais aussi pour accroître notre conscience de la colonne, du bassin et des pieds.

1. Kinesiology of the Musculoskeletal System, Foundations for Rehabilitation, deuxième édition, 2010, Donald A. Neumann, Mosby Elsevier, ISBN 978-0-323-03989-5

2. Atlas of Human Anatomy, 4e édition, Frank H. Netter, 2006, Saunders Elsevier, ISBN 13 : 978-1-4160-3385-1

Bruce McFarlane MD

© Société de tai chi taoïste du Canada

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