Notes sur l’anatomie et la physiologie : La dégénérescence des disques

Article #13

Article original en anglais publié le 7 juin 2010

Traduction française, révisée et approuvée le 12 oct. 2010

Nous poursuivons l’examen des disques intervertébraux commencé dans l’article précédent de ce blogue. Nous aurons ainsi l’occasion d’examiner certains des changements normaux associés au vieillissement de la colonne et d’aborder la question de la discopathie dégénérative (les maladies dégénératives des disques), une maladie fréquente de la région lombaire.

Il reste encore beaucoup de choses à comprendre sur le mode de fonctionnement de la colonne, mais parce que les cas de douleurs au bas du dos sont fréquents, des études approfondies ont porté sur les disques intervertébraux de la colonne lombaire. L’un des faits bien établis est que diverses pressions sont créées à l’intérieur d’un disque lombaire normal quand la colonne bouge au cours des activités de la vie quotidienne. Cela nous aide à comprendre comment on peut prévenir la discopathie et éviter d’aggraver une blessure de disque déjà existante.

Figure 1 Résultats de deux études sur les pressions créées à l’intérieur d’un disque lombaire pendant les activités et postures habituelles de la vie quotidienne. La pression discale ressentie lorsqu’une personne est simplement en position debout vaut 100 sur l’échelle. Neumann, 2010, page 331.

Le graphique ci-dessus met en évidence plusieurs points intéressants pour nous, étudiants des arts internes de santé Tai Chi TaoïsteMC :

  • La pression à l’intérieur du noyau gélatineux est la plus faible en position allongée sur le dos. C’est d’ailleurs l’un des avantages de la méditation en position couchée.
  • Les pressions sont maximales quand on porte quelque chose dans les bras devant le corps, en position penchée vers l’avant.

En position assise ou debout, la flexion avant exerce une plus grande pression sur les disques qu’en position redressée.  Comme on peut le voir sur la figure 2 ci-dessous, cette flexion  provoque aussi un gonflement du disque vers l’arrière, en direction des tissus nerveux qui sont très sensibles à la pression. Pour faire des toryus ou l’enchaînement, on nous demande d’envoyer d’abord les mains vers l’avant, et ensuite le reste du corps (et non seulement la tête et la poitrine), de conserver la direction du regard à la hauteur des yeux, et d’équilibrer le poids sans se pencher vers l’avant au niveau de la taille. Ces instructions ont pour but de dissuader la flexion avant de la colonne lombaire, de réduire au minimum les pressions qui s’exercent sur les disques et de permettre aux personnes qui souffrent de discopathie dégénérative de continuer la pratique du tai chi de façon sécuritaire.

Figure 2 La flexion avant avec le bas du dos, illustrée dans l’image de droite, pousse le disque à se déplacer vers les tissus nerveux mous passant à l’intérieur du canal rachidien, tout en ouvrant l’articulation de la facette vertébrale de l’apophyse et le foramen intervertébral. La flexion arrière (extension), illustrée dans l’image de gauche, tend pour sa part à éloigner le noyau des tissus nerveux passant dans le canal, mais elle ferme l’articulation de la facette et le foramen intervertébral. Neumann, 2010, page 355.

Il faut noter que la structure de la colonne que nous jugeons « normale » est certainement altérée par les maladies, les traumas, divers abus, l’inactivité et les mauvaises postures, et que la colonne subit également de grands changements avec l’âge :

  • De la petite enfance à 10 ans, la circulation sanguine déjà faible du disque diminue encore davantage et le disque commence à s’adapter aux conditions de fonctionnement de la vie quotidienne à faible teneur en oxygène (métabolisme anaérobie). Vers le début de l’âge adulte, on note des changements biochimiques qui provoquent un début d’assèchement des disques. Avec une diminution de leur capacité de rétention d’eau, les disques perdent du volume, leur pression intrinsèque baisse et ils commencent à se bomber lorsqu’ils sont comprimés, un peu comme un pneu mal gonflé. Les disques sont maintenant moins aptes à amortir des charges de compression exercées sur les plateaux et les corps vertébraux.
  • Le tissu conjonctif des disques s’altère, avec une augmentation des fibres de collagène et une diminution de l’élastine. La distinction entre l’anneau fibreux et le noyau devient moins visible. Une plus grande proportion de la charge verticale est transférée à l’anneau fibreux et des déchirures commencent à apparaître dans ses éléments concentriques.
  • Les plateaux vertébraux deviennent moins perméables aux nutriments, qui passent du corps vertébral au disque.
  • L’os trabéculaire des vertèbres s’affaiblit, ce qui se traduit par un rôle accru de l’os cortical pour supporter les charges, et les corps vertébraux deviennent plus vulnérables.
  • Des signes d’usure apparaissent dans le cartilage recouvrant les surfaces des articulations des facettes vertébrales.

Tous ces changements dégénératifs font partie du processus du vieillissement, mais ils sont rarement assez graves pour causer des problèmes.

Toutefois, si un disque subit des dommages suffisamment importants, une hernie peut se former et on passe alors d’un processus de vieillissement normal à une pathologie, ce qui se produit le plus souvent dans la colonne lombaire. L’anneau fibreux ne peut plus contenir le noyau et une partie de ce dernier migre vers l’arrière ou vers une position postérieure latérale. Si elle se déplace assez loin, la matière nucléaire exerce une pression sur les tissus nerveux délicats normalement protégés par la colonne vertébrale, causant ainsi des blessures. Souvent, cette pression atteint l’une des racines nerveuses qui forment le nerf sciatique (racines L3,4 et S1,2), ce qui cause la sciatique – qui se traduit par une combinaison variable de douleurs, des sensations altérées, de perte de réflexes et de faiblesse dans l’une des jambes. Les symptômes exacts de la sciatique dépendent de la racine particulière du nerf rachidien qui est comprimée et de l’intensité de cette compression.

Figure 3 Un anneau fibreux endommagé permet à une partie du noyau gélatineux de se déplacer vers l’arrière et de pincer la queue de cheval (vue de côté dans l’image d’en haut) ou une racine nerveuse à sa sortie de la colonne vertébrale (vue du dessus dans l’image d’en bas). Neumann, 2010, page 351.

Comme l’indiquent les études sur la pression discale mentionnées ci-dessus, les personnes souffrant d’une maladie des disques lombaires éprouvent des sensations inconfortables quand elles se penchent vers l’avant ou s’assoient, car ces deux activités accentuent la protrusion des disques et aggravent les symptômes.

Il est clair que l’enchaînement assis n’est pas recommandé pour les personnes qui éprouvent des douleurs dues à un disque lombaire bombé. Il peut alors être nécessaire d’abréger la flexion avant pour l’Aiguille au fond de la mer, ainsi que pendant l’ouverture et la fermeture de l’enchaînement – compte tenu des réactions des étudiants affectés. Sinon, en l’absence de douleur, pour autant qu’on évite la flexion au niveau de la taille, les 108 mouvements de l’enchaînement debout sont remarquablement sécuritaires et permettent aux personnes souffrant d’une maladie des disques lombaires de demeurer actives et d’accroître ou d’améliorer leur force, leur souplesse, leur endurance et leur équilibre, et cela, malgré leurs problèmes de dos.

Dans le prochain article, nous examinerons le cas de la sténose rachidienne, une autre maladie du dos qu’on observe chez des personnes qui viennent au tai chi. Cet état a des conséquences très différentes sur les mouvements.

1. Kinesiology of the Musculoskeletal System, Foundations for Rehabilitation, 2e édition, Donald A. Neumann, 2010, Mosby Elsevier, ISBN 978-0-323-03989-5

Bruce McFarlane MD

© 2010 Société de tai chi taoïste du Canada

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