Notes sur l’anatomie et la physiologie : Fonction du fascia lombosacré, partie 1

Article # 17

Article original en anglais publié le 8 juillet 2010

Traduction française, révisée et approuvée le 15 avril 2011

Aujourd’hui, nous allons examiner un autre aspect des fonctions du fascia lombosacré au cours des activités de la vie quotidienne.

D’abord, il faut dire que ce n’est que depuis 40 ans que la médecine occidentale s’intéresse à l’important rôle fonctionnel du feuillet fascial. Et pourtant, depuis des siècles, l’art ancien que nous pratiquons fait bon usage de cette caractéristique de notre physiologie dans la vie de tous les jours. Comme quoi les découvertes des uns ne sont souvent que les redécouvertes des autres. Cela nous donne toutefois une bonne indication de la finesse de la compréhension de la physiologie humaine qui nous guide dans notre pratique.

Beaucoup de gens de notre culture ne se rendent pas encore compte du rôle crucial joué par le fascia lombosacré et les autres tissus conjonctifs du corps; il ne faut jamais l’oublier quand on discute des avantages des arts internes de santé Tai Chi TaoïsteMC avec des professionnels de la santé du monde occidental.

Nous avons déjà examiné la structure du fascia lombosacré et comment il relie les mains aux pieds, le dos à l’avant du corps et l’extérieur à l’intérieur. Il est maintenant temps d’examiner comment il renforce la structure et la puissance de la colonne.

Examinons d’abord le rôle de structure du fascia lombosacré, qui joue le rôle d’échafaudage autour de la colonne.

Dans notre monde, les choses sont soit supportées par dessus, comme un objet suspendu par un câble sous tension, soit étayées par dessous, comme les éléments d’un mur de briques, par compression continue. Pour maintenir une structure en place, nous utilisons soit la tension (suspension), soit la compression (étayage), et nous voyons partout des exemples de ces deux moyens très différents.

Figure 1 On voit ici une structure créée par l’application d’une tension à un câble. Myers, page 47.

Figure 2 Dans ce mur, chaque brique est supportée par celles qu’elle recouvre, ce qui crée une structure en compression continue. Myers, page 47.

La culture occidentale a tendance à croire que le corps ne fait appel qu’aux forces de compression, comme si le squelette était un mur de briques et que les os étaient empilés les uns sur les autres, chacun reposant sur ceux qu’il recouvre.

Figure 3 Étant donné que nous créons beaucoup de structures utilisant la compression continue, nous croyons qu’il en va de même pour le corps, la tête et le cou reposant sur la colonne thoracique, la partie supérieure du corps sur le bassin, et l’ensemble du corps sur les pieds. Myers, page 49.

La vérité, c’est que, sans les tissus mous qui lient les os entre eux, le squelette s’effondrerait en un tas d’ossements.

En fait, pour le maintien de sa structure, le corps humain utilise autant les forces de tension que celles de compression, selon un mode appelé tenségrité. Ce terme, forgé par l’architecte Buckminster Fuller en 1929, combine les mots « tension » et « intégrité » pour décrire des structures dont l’intégrité fait appel à des membres de compression locaux discontinus (dans notre cas, les os) qui flottent dans un milieu sous une tension continue (les muscles et les tissus conjonctifs). Les os exercent une poussée vers l’extérieur contre les tissus mous, alors que ceux‑ci tirent l’ensemble vers l’intérieur. Les os résistent au raccourcissement et les tissus mous, à l’expansion.

Figure 4 Modèle de tenségrité. Les lignes droites indiquent l’emplacement des muscles et des tendons du lapin, de leurs points d’origine à leurs points d’insertion. Myers, page 46.

Pour mieux comprendre l’action des forces de tenségrité, jetez un coup d’œil sur les sculptures de Kenneth Snelson (www.kennethsnelson.net). Dans un article à venir, j’expliquerai comment construire un icosaèdre (polygone à 20 côtés), une structure qui montre clairement comment le corps humain, tout comme de nombreuses autres structures vivantes, utilise la tenségrité.

Un autre bon exemple de l’application des forces de tenségrité est celui de la minitente autoportante. Ses tiges rigides disposées à chaque extrémité, qui agissent comme des éléments de compression, mais qui n’ont aucun point de contact entre elles, résistent pourtant à l’effondrement. Les haubans et la toile de la tente, qui sont des éléments continus, créent la tension nécessaire qui fait de cet assemblage un ensemble cohérent.

Si l’on tient compte des forces de tenségrité, il est facile de comprendre comment le fascia lombosacré crée une structure sous tension. Alors que le fascia est allongé ou que ses parties sont écartées, ses fibres offrent une plus grande résistance à toute expansion additionnelle. On note alors une augmentation progressive de la tension à l’intérieur du feuillet fascial, qui tire sur tous les éléments auxquels il est relié : les os des quatre membres, la colonne, le bassin et le crâne. Comme les haubans d’une tente qui sont tendus, la tension crée l’équivalent d’un échafaudage autour de la colonne; cette structure est formée par les tissus mous.

Maintenant, nous allons examiner le rôle du fascia lombosacré, comme  moteur de la colonne, comme sa source d’énergie.

Il faut garder à l’esprit que le fascia est élastique. Quand il est étiré, il tend à se raccourcir ou à retrouver sa longueur au repos. En étirant ses fibres, on emmagasine de l’énergie élastique ou de l’énergie de recul qui peut être transformée ensuite en force de rebondissement. En mettant un terme à l’intention d’écarter (ou d’étirer), nous laissons le corps utiliser cette énergie stockée, qui le ramène à sa position initiale.

Ainsi, cette force de rebondissement assure une autre fonction majeure du fascia lombosacré, celle de source d’énergie pour la colonne.

La pratique de l’un ou l’autre des deux mouvements suivants de l’enchaînement, Faire un pas en avant et donner un coup de poing ou l’Aguille au fond de la mer, permet de ressentir cette force. Chacun d’eux fait pencher le corps en avant vers le sol, avec un genou, ou les deux, en position légèrement recourbée. Notez que ce sont les articulations de la colonne lombaire et de la hanche qui rendent ce mouvement possible. Ces articulations se meuvent selon un mode connu sous le nom de rythme lombopelvien : une flexion avant progressive de la colonne lombaire de 40 degrés, accompagnée d’une flexion plus ou moins simultanée des hanches (du bassin articulé sur les fémurs), d’environ 70 degrés.

Figure 5 Trois types de flexion avant vers le sol. A : Flexion normale, qui combine une flexion de la colonne lombaire de 40 degrés et presque simultanément, une flexion des hanches (du bassin articulé sur les fémurs) de 70 degrés. B : Ici, la flexion des hanches est peut-être limitée par l’arthrose ou par une tension excessive des tendons des mollets, ce qui fait qu’une plus grande flexion est exigée de la colonne lombaire et de la colonne thoracique inférieure. C : Mobilité réduite du bas du dos due à un fascia lombosacré trop tendu ou à une discopathie qui exige une plus grande flexion des hanches. Dans B et C, les zones ombrées en rouge et les flèches rouges indiquent les zones de perte de mobilité. Neumann, page 353.

Au cours des flexions avant, la lordose lombaire, ou courbe vers l’avant du bas du dos, est inversée et le fascia lombosacré est tendu par l’étirement.

Figure 6 La flexion modifie les courbes du dos et du fascia lombosacré. A : Les courbes normales vues en position redressée. B : Flexion arrière, ou extension du dos, qui accentue les cyphoses lombaire et cervicale (courbes vers l’avant), redresse la cyphose dorsale (courbe vers l’arrière) et raccourcit le fascia lombosacré. C : Flexion avant, qui élimine la lordose normale du bas du dos et du cou, exagère la cyphose dorsale et allonge le fascia lombosacré. Neumann, page 313.

La capacité de recul élastique du fascia lombosacré peut être utilisée pour ramener le corps en position redressée. Parce que le feuillet fascial est presque à l’extérieur du corps, il tire le tronc vers le haut avec l’efficacité d’un long levier.

Figure 7 Parce que le fascia lombosacré est juste sous la peau et à une certaine distance du dos, l’énergie de recul élastique qu’il accumule pendant la flexion avant peut servir ensuite à redresser le corps avec une grande efficacité. Gracovetsky, 2007.

Toutefois, la flexion avant n’est pas la seule façon d’étirer le fascia lombosacré. Grâce à ses nombreuses connexions, on peut l’étirer par divers mouvements des bras, des jambes ou du bassin, par exemple, pendant la partie descendante des donyus.

L’image suivante montre la rotule de l’os de la cuisse (le fémur) qui descend en suivant l’arc de la flèche verte pendant la partie descendante des donyus. L’extrémité proximale du fémur, qui s’articule sur le bassin, peut se mouvoir, alors que l’extrémité distale, qui s’articule sur le genou, est plus ou moins fixe.

Il est clair que le bassin, fixé aux hanches, descend en même temps que celles-ci. Pendant la descente, il se produit une inclinaison naturelle progressive du bassin vers l’arrière, et le fascia lombosacré fusionné au sacrum, ainsi que tous ses prolongements, sont étirés par-dessous.

Figure 8 Au cours des donyus, ce sont les articulations des hanches, des genoux et des chevilles qui rendent possible la descente du bassin et qui créent la force de rebondissement. Neumann, page 7.

En laissant la gravité abaisser le bassin, on stocke de l’énergie élastique avec peu de dépense d’énergie musculaire. L’utilisation de la gravité pendant la descente crée de l’énergie qui peut servir à combattre la gravité pendant la remontée : c’est une forme de mouvement perpétuel, pour ainsi dire. Ce phénomène remarquable, qui fait appel à une force cachée, se manifeste non seulement pendant les donyus, mais aussi pendant le début et la fin des toryus et, en fait, chaque fois qu’on relâche son poids pendant l’enchaînement.

Donc, le fascia lombosacré est une ressource utile pour rétablir la structure du corps et lui fournir de l’énergie au cours des flexions avant et des relâchements du poids.

Au cours du prochain article, nous terminerons l’étude de ce feuillet de tissus aux usages multiples.

1. Anatomy Trains, deuxième édition, 2009, Thomas W. Myers, Churchill Livingston Elsevier, ISBN: 978-0-443-10283-7

2. Kinesiology of the Musculoskeletal System, 2010, Donald A. Neumann, Mosby Elsevier, ISBN 978-0-323-03989-5

3. “Is the Lumbodorsal Fascia Necessary?”, Serge Gracovetsky, First International Fascia Research Congress, 2007

Bruce McFarlane MD

© Société de tai chi taoïste du Canada 2010

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